Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Députés membres de la Commission des Affaires étrangères :
Je suis très honoré de l'occasion qui m'est offerte aujourd'hui de m'exprimer devant vous. Je vous remercie vivement de votre invitation.
En ma compagnie se trouve une délégation de l'American Jewish Committee qui vient de visiter plusieurs capitales européennes dans le but d'approfondir et d'étendre le dialogue transatlantique.
En préambule, permettez-moi de dire quelques mots sur l'American Jewish Committee.
Notre organisation a été créée voici y a près d'un siècle en réponse aux pogromes qui sévissaient alors contre les Juifs d'Europe de l'Est. Dès le début, l'AJC a poursuivi deux buts complémentaires. Le premier était d'assurer la sécurité des communautés juives, tant dans le monde qu'aux États-Unis, et de leur porter assistance. Le second, directement inspiré de la tradition prophétique du judaïsme, était d'apporter notre contribution au bon fonctionnement politique et social des sociétés où nous vivons.
En conséquence, durant tout le vingtième siècle et jusqu'à aujourd'hui, notre institution s'est impliquée profondément dans le combat pour défendre et étendre les droits de l'homme, les libertés individuelles, et la dignité de la personne humaine.
Ce faisant, nous avons puisé aux sources des valeurs les plus pérennes de la Révolution française. Nous n'avons pas oublié que la France, quand elle s'est tournée vers la démocratie, n'a pas hésité à accorder aux Juifs la pleine citoyenneté, donnant ainsi l'exemple au reste du monde.
Il n'est donc pas surprenant que nous nous placions fermement du côté d'un monde pluraliste, fondé sur des valeurs démocratiques de respect et de tolérance mutuels.
Mais nous nous trouvons engagés dans une course contre la montre.
D'une part se tiennent tout ceux qui veulent construire un monde harmonieux, dans lequel le développement politique, économique, technologique et social progresse tant au sein des nations qu'à travers des frontières de plus en plus ouvertes.
Mais de l'autre se trouvent ceux qui usent de la violence, en particulier au nom de la religion, pour nous maintenir dans un état de tension permanente. Si l'on peut dire que les conflits du vingtième siècle ont été largement le résultat de causes idéologiques, je crains bien que ceux du siècle présent ne soient eux causés par la religion, ou plus exactement par les abus de celle-ci.
Le professeur Samuel Huntington de Harvard a écrit un livre fameusement controversé, "Le Choc des civilisations". Je comprends ses raisons de choisir ce titre, mais je pense qu'il aurait été plus approprié de parler du "Choc dans les civilisations".
Car les lignes de faille ne se trouvent-elles pas, en réalité, au cœur même de certaines civilisations religieuses? Les membres de tel ou tel groupe rejetteront ainsi la validité d'autres croyances; se targueront d'un lien exclusif à un Être suprême; insisteront sur la centralité de la religion dans l'exercice du pouvoir de l'État; et justifieront ainsi l'emploi de la violence dans l'accomplissement de leur vision. Mais dans le même groupe, on trouvera aussi d'autre membres qui eux respectent la foi d'autrui tout en adhérant à la leur; qui considèrent que la religion est une affaire de conscience individuelle et non de politique étatique; et qui n'ont nul besoin de dénier à autrui ses convictions dans le seul but de mieux affirmer les leurs.
Ce qui rend cette question particulièrement urgente, c'est la réalité indéniable de notre entrée dans une ère d'accès facile aux armes de destruction massives pour tous ceux qui sont déterminés à imposer leurs vues obscurantistes. Nous avons déjà fait l'expérience des extrémités auxquelles de telles forces sont prêtes à aller. Il faudrait un défaut total d'imagination pour ne pas envisager les dangereuses éventualités qui menacent notre avenir immédiat.
C'est précisément pourquoi nous nous trouvons dans une course contre la montre, aux enjeux exorbitants.
A l'American Jewish Committee, nous sommes convaincus qu'il n'existe pas de façon simple, encore moins unique, de faire face aux défis qui nous attendent. Aucun individu, aucune nation n'a de monopole de la sagesse en ce domaine. En tant qu'hommes de bonne volonté, nous devons être à l'écoute les uns des autres, avec des oreilles et un esprit ouverts; et ainsi apprendre les uns des autres. Néanmoins, certaines choses nous semblent évidentes.
Les démocraties de la Terre ont créé quelque chose qui vaut la peine d'être défendu.
Pierre Mendès-France écrivait dans "La République moderne", “La démocratie est d’abord un état d’esprit.” Il avait évidemment raison.
Certains ont peut-être cédé à un tel relativisme moral et culturel qu'ils s'en trouvent aujourd'hui incapables de distinguer entre la liberté et la tyrannie, entre une société ouverte et une société d'oppression. D'autres sont en proie à une telle culpabilité, un tel embarras du confort qui est le leur au sein de nos nations démocratiques, qu'ils en sont poussés à idéaliser chaque société et chaque dirigeant qui s'opposent radicalement aux nôtres. Nous devons nous garder de céder ni à l'une, ni à l'autre de ces tentations.
Il est inacceptable que dans une société libre, des élus de la représentation nationale doivent vivre dans la clandestinité; ou que des femmes soient traitées en inférieures; ou que des professeurs en viennent à craindre d'enseigner certaines matières dans leurs classes; ou que des responsables religieux puissent prêcher la violence contre les sociétés mêmes dans lesquelles ils vivent; ou que des individus exigent de l'État un respect alors qu'ils sont incapables de reconnaître leurs propres obligations à la société; ou que n'importe quelle communauté puisse être désignée du doigt et attaquée à cause de sa religion, de son appartenance ethnique, de sa race ou de toute caractéristique distinctive.
La démocratie, quelles que soient ses imperfections, a libéré le potentiel de l'être humain comme nul autre système. Elle a apporté la démonstration éclatante que la liberté et la dignité sont indivisibles pour tous les membres de la race humaine. Et quand il arrive à la démocratie de faillir, elle a ses propres mécanismes de correction. Enfin, oui, la démocratie a construit de larges régions de paix et de prospérité sur la planète.
Parmi ces vastes régions, le développement de l'Europe de l'après-guerre se distingue particulièrement. L'évolution de l'Union européenne, depuis le rêve de Robert Schuman et de Jean Monnet jusqu'à sa réalité actuelle, est extraordinaire. La guerre est aujourd'hui impensable entre les nations membres de l'Union. Vous avez montré au monde ce que l'on peut réussir quand des hommes d'État ont la vision et le courage nécessaires pour dépasser la gestion quotidienne et élever leur regard vers de plus larges horizons. En conséquence, vous avez beaucoup à partager avec d'autres régions du monde, voisines ou éloignées, qui pourraient bénéficier d'expériences d'une audace comparable.
Ainsi que l'Europe l'a prouvé au cours des cinquante-cinq dernières années, nous augmentons d'autant nos chances de succès devant les défis planétaires que nos nations démocratiques savent travailler à l'unisson, et non dans la cacophonie. Il est bien évident que les intérêts nationaux et régionaux ne convergent pas toujours exactement – comment en serait-il d'ailleurs autrement? – mais nous ne devrions jamais perdre de vue les plus larges enjeux. Nos adversaires communs tirent seuls avantage de nos divisions et de notre discorde. Inversement, quand nous sommes unis face à nos objectifs, il n'est pas de limite à ce que nous pouvons réussir.
Il y a des moments où aucune alternative n'existe à l'usage de la force, comme par exemple pour notre action commune en 1991 en expulsant l'armée irakienne de son occupation éhontée du Koweït, ou, plus récemment, en libérant l'Afghanistan de l'emprise des Talibans, mettant ainsi fin à son rôle de premier sanctuaire terroriste de la planète. La force doit toujours être le recours ultime, mais il vient des moments où elle devient inévitable, car l'alternative est encore moins acceptable. Si les ennemis de nos modes de vie et de nos systèmes de valeurs communs nous estiment faibles, irrésolus, ou indécis, ils n'hésiteront pas à nous défier, et nous paierons alors un lourd tribut.
A d'autres moment, la persuasion diplomatique peut être plus adaptée que la puissance militaire; mais là encore, l'élément essentiel est l'unité. Lorsque le Conseil de Sécurité des Nations unies, mené par la France et les États-Unis, parle d'une seule voix en demandant à la Syrie de mettre fin, une fois pour toutes, à la présence de son armée et de ses services spéciaux au Liban, il semble que cela soit suivi d'effet.
Nus devons aussi, enfin, encourager de façon constante et soutenue le développement politique, social et économique des pays qui ont peiné à mettre derrière eux l'héritage du colonialisme, ou sont victimes de corruption endémique, ou de gouvernements autocratiques, ou de carences de l'attention et du soutien des pays développés, ou de l'addition de plusieurs de ces facteurs.
Permettez-moi de dire que si le développement de ces pays est dans leur propre intérêt, il n'en est pas moins du nôtre. Mais nous n'y parviendrons que si, tels les grands hommes d'État de l'après-guerre, nous savons penser avec audace et agir collectivement, et si nous résistons à la tentation de ne penser qu'à court terme, à ne voir que les avantages immédiats à accepter le statu quo.
Certains aujourd'hui mettent en doute la valeur du partenariat transatlantique, ou d'ailleurs expriment leur profond scepticisme quant à l'avenir de la relation franco-américaine. Ceux d'entre nous qui, des deux côtés de l'Atlantique, croient en ce lien – et pas uniquement pour des raisons de nostalgie historique, encore qu'il existe une histoire riche de signification entre nos deux pays – doivent aujourd'hui se dresser et se faire entendre.
L'American Jewish Committee est à cet égard un partisan convaincu de ce partenariat. On nous traitera peut-être de naïfs, déconnectés de la réalité. Tant pis. Nous continuerons à élever la voix en faveur des liens les plus étroits possibles entre l'Europe et les États-Unis, au service des plus hauts intérêts d'un monde en paix, et en tant que meilleurs garants de la construction d'une planète démocratique, ouverte, et prospère.
C'est précisément dans ce but que, voici juste un peu plus d'un an, en présence de Javier Solana, d'Ana Palacio, de Noëlle Lenoir, et de bien d'autres personnalités européennes représentant tant l'Union européenne que ses gouvernements nationaux; l'AJC a ouvert l' Institut Transatlantique à Bruxelles. Nous voulions démontrer concrètement qu'à ce moment critique de l'histoire, nous savions reconnaître les périls menaçants de la dérive et de la discorde – et que nous acceptions notre obligation d'aider à préserver le front des démocraties.
Nous n'ignorons pas que des divergences se sont déjà manifestées par le passé entre nos deux continents. Considérons un instant ce commentaire extrait d'un compte rendu, pour la revue Commentary (revue publiée sous les auspices de l'American Jewish Committee) de l'ouvrage de Luigi Barzini, "Les Européens": "L'Alliance atlantique est-elle menacée d'explosion? Les signes sont certainement inquiétants. Impossibilité pour l'instant de parvenir à une politique de défense commune... Discorde continuelle sur les questions monétaires. Hors de la zone atlantique propre, dans des régions cruciales comme le Moyen-Orient, les alliés supposés se contrecarrent en réalité plus souvent qu'ils ne s'épaulent... Les États-Unis, selon les Européens, mènent leur politique étrangère de façon impulsive et imprévisible... Du point de vue américain, les Européens rechignent à assumer leur part du fardeau commun, et sont trop enclins à dépenser leurs budgets en mesures sociales de solidarité plutôt que sur la défense." La date de l'article? 1983.
Les optimistes diront que, en dépit des divergences, l'alliance a largement tenu le coup, survivant même à la fin de la Guerre froide. Les pessimistes rétorqueront: "Plus ça change, et plus c’est la même chose." En fin de compte, je me range du côté des optimistes.
Nous sommes bien conscients qu'il y a eu de sérieuses divergences de vues sur une série de questions ces dernières années, y compris le conflit israélo-arabe. Tout en partageant l'objectif d'une solution pacifique du conflit fondée sur la coexistence de deux États indépendants, nous ne saurions nous cacher l'existence de tensions, encore qu'il me semble raisonnable d'espérer que ces tensions se sont trouvées réduites lors des mois écoulés. De fait, la mort de Yasser Arafat et l'élection de Mahmoud Abbas en tant que président de l'Autorité palestinienne ont ouvert une fenêtre d'opportunité. Il nous semble aussi que s'est trouvé révélé, par contraste, l'échec total de l'ère Arafat, au cours de laquelle Israël comme les États-Unis se sont convaincus qu'il n'était pas possible de faire la paix sans l'avènement d'un nouveau leadership palestinien – alors que d'autres, dont la France, tenaient un raisonnement différent.
Nous sommes profondément convaincus qu'aucune nation ne recherche la paix avec plus d'ardeur qu'Israël, et qu'aucune nation n'a pris plus de risques tangibles pour parvenir à la paix avec ses voisins qu'Israël. Et nous sommes bien conscients qu'il faut être deux pour faire la paix.
Lorsqu'un véritable partenaire pour la paix s'est matérialisé, comme dans le cas de l'Égypte et de la Jordanie, la paix avec Israël est devenue une réalité. Et si demain un partenaire de bonne volonté émerge au sein l'Autorité palestinienne, rôle que nous espérons vivement voir tenu par le président Abbas, la paix deviendra à nouveau réalité. Mais nous ne devons pas nous laisser tenter de prendre nos désirs pour des réalités. Il faut savoir rester conscients des faits objectifs. Nous verrons avec le temps si le président Abbas a non seulement la volonté, mais aussi la capacité de maintenir son autorité, tout particulièrement sur les factions extrémistes et armées palestiniennes. Si c'est le cas, alors il y aura de véritables raisons d'espérer pour l'avenir des Israéliens comme des Palestiniens.
Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les membres de la Commission :
Je m'adresse à vous en tant que fils des États-Unis et petit-fils de l'Europe, tout particulièrement de la France. Mes parents, nés sous d'autres cieux, trouvèrent tous les deux refuge en France, ma mère chassée par le communisme, mon père par le nazisme. Leur seule langue commune était le français. Comme tous les autres membres de ma famille, ils s'adaptèrent rapidement aux valeurs républicaines de votre grand pays. Ils accueillirent la France tout comme la France les avait accueillis.
Puis vinrent la guerre, l'invasion, l'Occupation, le régime de Vichy, les rafles et les déportations, la fuite, et la Résistance. À la fin de ces épreuves, ma famille, dont la plupart des membres avaient heureusement survécu, se trouvaient parsemée en France, aux États-Unis, et dans ce qui allait devenir Israël.
Bien qu'éparpillés entre ces trois pays, il s'estimaient tous heureux. Après tout, ils vivaient dans des nations démocratiques, liées par un engagement commun aux valeurs fondamentales qui leur permettaient, à eux et à leurs concitoyens, de prospérer enfin dans un climat délivré de l'ombre inquiétante de la persécution – et cela même si Israël devait faire face à des menaces à son existence même de la part de voisins hostiles, tout comme c'est encore le cas de la part de l'Iran et de groupes terroristes comme le Hezbollah, le Hamas et la Jihad Islamique.
Mais aujourd'hui, de nouvelles ombres se profilent, propres à nous préoccuper. En particulier, l'accroissement d'incidents de violences antisémites, tant verbales que physiques, certes non limité à un seul pays, mais très marqué en France, fait réfléchir. Le sentiment croissant d'insécurité pour ces motifs est malheureusement confirmé par les statistiques officielles, qui indiquent que l'on a atteint le chiffre le plus élevé d'incidents antisémites jamais comptabilisés en France depuis 1990, date à laquelle leur recensement a commencé. Et ce sentiment est renforcé par maintes conversations avec des personnes qui se sont trouvées être directement l'objet d'intimidations, de violences verbales ou physiques.
Quelle qu'en soit la source, qu'il s'agisse d'extrémistes islamistes qui parlent une langue génocidaire; ou d'antisionistes qui cherchent à dénier au peuple juif, et à lui seul, son droit à l'autodétermination, dans le but de faire de notre planète, selon l'expression de l'ancien vice-Premier Ministre suédois Per Ahlmark, un monde “Judenstadtrein,” nettoyé de son État juif; ou encore de l'extrême-droite qui retrouve ses démons habituels en qualifiant les Juifs, une fois de plus, de "cosmopolites", de "sinistre cabale", ou de "sous-hommes"; ou encore de négationnistes qui espèrent banaliser ou faire disparaître la mémoire de la Shoah et comptent sur la disparition progressive des survivants pour capturer l'esprit des jeunes générations; ou de ceux dont l'obsession anti-israélienne atteint de tels sommets qu'ils ne peuvent plus dépeindre l'État hébreu ou ses partisans qu'en termes suant une haine grotesque, la menace est bien réelle.
Et si l'on considère la disponibilité des nouvelles technologies, chaînes par satellite, Internet, tout ceci dans un environnement aux frontières de plus en plus poreuses, force est de constater que ce qui constituait encore récemment une série de problèmes nationaux s'est transformé en question transnationale, nécessitant une coopération internationale renforcée.
Grâce aux visites répétées que nous avons effectuées, grâce à nos rencontres tant avec des représentant officiels qu'avec des dirigeants des institutions juives, grâce enfin au rétablissement d'une présence permanente ici, nous sommes tout à fait au courant des mesures prises par la France ces dernières années, sous la direction du président Chirac et du Premier Ministre, Monsieur Raffarin, ainsi que par d'autres pays européens et par l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, afin de faire face à ces problèmes grandissants. Nous apprécions à leur juste valeur ces efforts, y compris la décision d'interdire les émissions racistes et incendiaires d'au moins deux stations de télévision provenant du Moyen-Orient. De telles mesures sont nécessaires, tout à la fois pour protéger les communautés juives des dangers qui les assaillent, et pour défendre nos sociétés du risque très réel que ce qui a commencé par de l'antisémitisme devienne très vite un assaut concerté contre toutes les valeurs qui fondent ces sociétés. N'oublions jamais que l'antisémitisme commence certes avec les Juifs, mais que l'histoire nous a enseigné qu'il ne s'arrête jamais seulement aux Juifs.
Nous vous encourageons instamment à poursuivre avec vigueur votre lutte contre l'antisémitisme, que ce soit dans le système scolaire, dans les rues, dans les média, ou à tout endroit où la bête immonde relèverait la tête. Nous ne savons que trop bien que ce genre de combat n'est gagné ni facilement, ni rapidement, mais nous comptons beaucoup sur le fait que la France a bien compris l'importance des enjeux, et a la volonté de persévérer.
Pour notre part, nous sommes prêts à vous aider si vous nous le demandez. Nous avons près d'un siècle d'expérience dans la lutte contre l'antisémitisme et contre toutes les discriminations, chez nous comme au niveau international, ce qui nous a donné l'occasion de comprendre quelles approches politiques, civiques, légales, policières, éducatives et autres ont le plus (et le moins) de chances de succès.
Il s'agit ici d'une autre et plus large débat. Cependant, permettez-moi de mentionner deux éléments de base que nous avons appris au cours de notre travail de lutte contre l'antisémitisme.
D'abord, il est absolument essentiel que les dirigeant politiques se fassent entendre. Ils doivent manifester une fermeté absolue, tant en paroles qu'en actes. Nul ne doit douter un seul instant de leur détermination à se dresser contre l'antisémitisme.
Ensuite, tout exemple recensé d'incident antisémite ne doit jamais être nié; son traitement ne doit faire l'objet d'aucun délai et d'aucune manœuvre dilatoire, visant par exemple à le classifier différemment. Je dois dire à cet égard que mon expérience personnelle des réactions de certains officiels en France durant les années 2000 et 2001 m'avait causé une certaine déception. Pour des raisons que je ne chercherai pas à élucider, ils ne saisissaient pas du tout la signification de ce qui était en train de se passer, tandis que les délinquants se persuadaient en revanche de leur impunité, et que les victimes se sentaient abandonnées à la peur. Les changements que nous avons constatés dans la reconnaissance officielle de la nature et de la gravité de ce problème – la menace très réelle aux citoyens français juifs et à la France elle-même – sont très frappants, et nous les apprécions à leur juste valeur.
Enfin, permettez-moi de dire à quel point je considère important le dialogue entre nos deux pays, et entre la France et la communauté juive américaine Ayant participé à ce dialogue depuis de nombreuses années, je peux témoigner personnellement de sa portée.
Soyez assurés qu'à l'American Jewish Committee, nous sommes fermement engagés à élargir et à renforcer les points de contact entre nous. Nous considérons qu'il est vital de créer un plus grand nombre d'occasions d'approfondir notre compréhension mutuelle, d'explorer les questions sur lesquelles nous divergeons, et de déterminer les domaines dans lesquels nous pouvons coopérer mutuellement.
Nous continuerons aussi à aider le public américain à comprendre que nous avons nous-mêmes intérêt à votre succès dans les défis auxquels vous faites face, et à renforcer le plus possible les liens entre Paris et Washington.
Prononçant ces paroles, je me rends bien compte, comme j'y ai fait allusion il y a quelques instants, qu'il existe un fossé entre les perceptions respectives de la France et des États-Unis. Ceci est tout aussi vrai des perceptions entre la France et la communauté juive américaine. Du point de vue des Juifs américains, si l'on en croit nos sondages nationaux, le sentiment général est que la France, de tous les grands pays européens, est celui qui a l'attitude la plus glaciale à l'égard d'Israël. De plus, les mêmes sondages révèlent c'est la France que l'on considère comme étant le foyer d'antisémitisme le plus virulent d'Europe.
Ces questions, comme d'autres encore, qui vont de la façon de traiter le Hezbollah à la réponse la plus appropriée devant l'appétit nucléaire de l'Iran, seront assurément le mieux traitées au cours d'une discussion franche et ouverte, comme il sied à des amis.
Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Députés membres de la Commission des Affaires étrangères, permettez-moi de conclure en vous exprimant toute mon appréciation de l'honneur que vous m'avez fait en m'invitant ici aujourd'hui. Soyez assurés de mon admiration pour le remarquable travail que vous avez entrepris, et de mon espoir que l'amitié sera toujours la note dominante des relations entre nos deux pays.
Discours David Harris à l'Assemblée Nationale, avril 2005
Discours M. Donnedieu de Vabres- AJC mars 2007
Madame la Membre du Congrès, chère Nita M. Lowey,
Monsieur l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis d’Amérique, cher Jean-David Levitte,
Monsieur le Cardinal,
Monsieur le Vice-Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, cher Serge Klarsfeld,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Je suis très heureux d’être présent parmi vous ce soir. Je tiens à remercier, avant toute chose, l’American Jewish Committee, à l’origine de ce dîner.
Cette soirée est placée sous le signe de la justice, de la mémoire, de la paix et de l’amitié profonde qui lie nos deux pays. Une amitié qui puise sa force dans nos valeurs communes, dans notre culture, dans les destins étroitement liés de nos Nations, dans notre Histoire, dont nous mettons en lumière aujourd’hui, à travers la création d’Agnès Varda, un chapitre essentiel, et des héros dont il nous revient de perpétrer le souvenir, mais aussi le combat.
Il y a à peine plus d’un demi-siècle, l’Europe, terre de l’humanisme, patrie des Lumières, de la raison et de la tolérance, a sombré dans la barbarie, déchirée par un conflit fratricide, emportée par la folie criminelle de l’idéologie nazie. Dans ces heures sombres, dans la France occupée, terrorisée, défaite, des hommes et des femmes se sont levés sur notre territoire pour défendre, au péril de leur vie, ces principes de liberté, d’égalité, de fraternité, inscrites au frontispice de leurs édifices républicains, et plus profondément encore gravées dans leurs âmes et dans leurs cœurs.
Les Justes de France ont accueilli, caché, sauvé, au mépris du danger, des hommes, des femmes, des enfants, des familles entières, persécutés pour le seul crime d’être nés Juifs. Grâce à le courage de ces Français « ordinaires », qui n’ont jamais cherché les honneurs, grâce à leur générosité, les trois-quarts des Juifs de France ont pu être sauvés. Ils ont ouvert, ainsi que l’a nommée Simone Veil, Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, jusqu'au 5 février dernier, « une page de lumière dans la nuit de la Shoah ». Une page d’espoir, et de foi profonde en l’homme, dans les ténèbres de la lâcheté et de la violence.
2693 Justes, de toutes régions, de tous milieux, de toutes convictions, ont été identifiés en France, à ce jour, grâce aux témoignages de ceux qui leur doivent la vie, et reconnus par le Mémorial de Yad Vashem. Comme l’a déclaré le Premier Ministre, en inaugurant le « Mur des Justes » au Mémorial de la Shoah, le 14 juin dernier, « leur souvenir constitue pour nous une consolation mais aussi une exigence ».
Oui, leur souvenir est une exigence, un devoir, ce « devoir de mémoire » que brandissait Primo Levi. C’est tout le sens de l’hommage que la France, par la voix du Président de la République, leur a rendu, le 18 janvier dernier, au Panthéon, à l’initiative de Simone Veil. Cet hommage s’inscrit dans la droite ligne des nombreuses actions que mène la France en faveur de la transmission, de la diffusion, du partage de la mémoire de la Shoah, dans toutes ses dimensions, dans toutes ses implications.
Le Président de la République m’a confié le soin de préparer cette cérémonie, pendant laquelle une inscription honorant les Justes de France a été apposée dans la crypte de ce monument qui, vous le savez, abrite l’âme des plus grands hommes de notre Nation.
Parce que je crois profondément qu’il y a une urgence à donner à voir et à entendre les destins, les motifs, le courage de ces hommes exceptionnels, j’ai proposé à l’une de nos plus grandes réalisatrices, Agnès Varda, de participer à cette commémoration, et de mettre en scène ces récits et ces mémoires.
Le résultat a dépassé mes attentes, pourtant extrêmement fortes. Je sais que vous avez été très émus, le mois dernier, en découvrant son œuvre. Fragments d’histoire collective, scènes tragiques et quotidiennes reconstituées avec une extrême pudeur, portraits saisissants, tirés d’archives diverses, dont les collections du Mémorial de la Shoah, cette installation a retracé magnifiquement le dévouement et l’héroïsme discrets dont ont fait preuve les Justes de France.
Cette création exalte des valeurs que nous partageons, ces valeurs qui se sont incarnées dans cette chaîne humaine de solidarité et de courage, ces valeurs pour lesquelles vos soldats ont donné leur vie, pour libérer notre pays du joug nazi, ces valeurs qui fondent le respect mutuel et l’amitié profonde qui lient nos deux nations, ces valeurs universelles, qui sont magnifiquement résumées dans l’inscription qui figure sur la médaille des Justes : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier. »
C’est pourquoi je souhaite aujourd’hui que cette exposition circule aux Etats-Unis, pour apporter un pierre de plus à l’édifice de notre histoire commune, et pour exalter, notamment auprès du jeune public, le souvenir de ces héros et de leur lutte contre la barbarie.
Les services culturels de l’Ambassade de France aux Etats-Unis d’Amérique, piloteront ce projet, avec le concours de tous, et notamment de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, et de l'Association des fils et filles des déportés juifs de France, dont je salue le Président fondateur, Serge Klarsfeld. Nous connaissons tous ses travaux remarquables, et son combat de chaque instant pour la mémoire de cette période tragique de notre histoire.
Je tiens à remercier chaleureusement, de nouveau, l’American Jewish Committee, qui a bien voulu attirer votre attention sur cette grande cause, et tout particulièrement Valérie Hoffenberg, qui contribue, depuis de nombreuses années, au dialogue et au renforcement des liens entre nos deux pays.
Je vous remercie.
Discours M. Sarkozy- CRIF 2007
Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Madame et Monsieur les anciens Premier ministres,
Mesdames et Messieurs les ministres et anciens ministres,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Maire de Paris,
Monsieur l’ambassadeur d’Israël en France,
Madame la représentante de l’Autorité palestinienne,
Madame et Messieurs les représentants des différentes religions,
Chers amis,
Très souvent par le passé, je suis venu au dîner du CRIF. Je connais cette tradition. Je sais qu’elle est pour vous un moment de fête, un moment de retrouvailles. Je sais aussi que chaque année, de manière ouverte comme vous l’avez fait dans votre discours Monsieur le Président, ou plus discrètement dans le secret de vos cœurs et l’intimité de vos conversations, vous faites mémoire, avec ce dîner, des circonstances tragiques qui conduisirent, en 1943, les différentes composantes du judaïsme français à s’unir contre l’oppression nazie. De cette union clandestine est né plus tard le CRIF.
En invitant chaque année les plus hautes autorités de la Nation à partager votre dîner, en invitant en particulier le Premier ministre, et cette année, pour la première fois, le Président de la République, vous entendez renouveler votre attachement indéfectible à la République et à la France : cette France qui vous a émancipés, qui vous a donné des droits, qui vous a permis de pratiquer votre religion. Nous célébrerons ensemble cette année le bicentenaire de la création du Consistoire ; cette République qui vous a ensuite intégrés dans toutes les sphères de la société, sur le seul fondement de vos talents et de vos mérites ; cette République que vous avez servie avec la générosité, la confiance, et l’engagement qui sont l’âme des vrais patriotes ; cette République qui, en inventant la laïcité, vous permet d’être à la fois profondément juif et Français de tout cœur.
Mais en faisant s’asseoir chaque année aux mêmes tables les représentants des institutions juives de France et les représentants de la République, vous entendez aussi rappeler aux seconds les principes, les valeurs et les vertus dont la violation, par le passé, a fait vivre à notre pays ses pages les plus noires. A l’heure où s’abattaient en Europe les idéologies les plus criminelles, c’est un fait que l’Etat vous a trahis. Tournant le dos à ses principes essentiels, pas seulement ceux de 1905, mais aussi ceux de 1789, de l’abbé Grégoire et de l’Edit de Nantes, notre Nation s’est alors presque intégralement effondrée. Il est sain que vos invités rassemblés dans cette salle, dont certains exercent d’éminentes responsabilités, fassent mémoire de ces moments douloureux qui précipitèrent tant de familles dans l’abomination, et notre pays dans la honte.
Malgré ces trahisons, votre fidélité et votre attachement à la France sont restés intacts. Même en 1940, quand Vichy édictait l’immonde statut des juifs, vous saviez que la République n’était pas dans ce crime et que la France éternelle était plus grande que sa faute. « Le seul réconfort qui nous soit permis est celui qui nait d’une confiance inébranlable dans un retour certain au véritable destin spirituel de cette France éternelle, de cette nation porte-flambeau ». Tels sont les mots que vos prédécesseurs adressaient aux autorités de l’époque pour les supplier de rester fidèles aux principes républicains. Cette confiance, cette fidélité, forcent le respect et l’admiration.
Je vous remercie, M. le Président, d’avoir placé le début de votre allocution sous le signe de la laïcité. Vous m’offrez l’occasion de répondre aux multiples commentaires qui ont accompagné les discours que j’ai prononcés récemment au Latran puis en Arabie saoudite. Vous avez dit ne pas croire que les religions puissent être la seule parade contre le mal, et vous avez bien raison. Vous me permettrez d’ajouter, car je connais moi aussi l’histoire des juifs d’Europe, que si les religions sont en effet impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans Dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s’est pas révélé tellement préférable.
Le drame du XXème siècle, de ces millions d’êtres projetés dans la guerre, la famine, la séparation, la déportation et la mort, n’est pas né d’un excès de l’idée de Dieu, mais de sa redoutable absence. Le communisme voyait la religion comme un instrument de domination d’une classe sur une autre, et l’on sait les malheurs auxquels cette théorie a conduit. Le nazisme croyait dans la hiérarchie des races, une proposition radicalement incompatible avec le monothéisme judéo-chrétien.
Alors il est vrai que parmi les résistants, parmi les patriotes, parmi les Justes, il y en avait autant qui croyaient au ciel, et autant qui n’y croyaient pas. Et il est tout aussi vrai que, parmi ceux qui trahirent les juifs et contribuèrent, de près ou de loin, à la mise en œuvre de la solution finale, il y en avait beaucoup qui se disaient chrétiens. Mais il n’y a pas une ligne de la Torah, de l’Evangile ou du Coran, restituée dans son contexte et dans la plénitude de sa signification, qui puisse s’accommoder des massacres commis en Europe au cours du XXème siècle au nom du totalitarisme et d’un monde sans Dieu.
L’attachement à la laïcité, qui n’est que l’expression, dans la sphère religieuse, du respect et de la tolérance que l’on doit aux convictions d’autrui, doit conduire chacun, comme je l’ai fait avec votre discours Monsieur le Président, à porter une réelle attention à l’exactitude des propos que j’ai tenus à Rome et à Ryad. Ces questions sont d’une importance trop grande, pour que l’on puisse se permettre les approximations, les amalgames, les raccourcis. Jamais je n’ai dit que la morale laïque était inférieure à la morale religieuse. Ma conviction est qu’elles sont complémentaires et que, quand il est difficile de discerner le bien du mal, ce qui somme toute n’est pas si fréquent, il est bon de s’inspirer de l’une comme de l’autre. La première préserve des certitudes toutes faites et apporte sa rationalité. La seconde oblige chaque société, chaque époque, à ne pas se penser uniquement comme sa propre fin.
Et jamais je n’ai dit que l’instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l’imam pour transmettre des valeurs. Mais ce dont ils témoignent n’est tout simplement pas la même chose. Le premier témoigne d’une morale laïque, faite d’honnêteté, de tolérance, de respect. Que ne dirait-on pas d’ailleurs si l’instituteur s’autorisait à témoigner d’une morale religieuse ? Le second témoigne d’une transcendance dont la crédibilité est d’autant plus forte qu’elle se décline dans une certaine radicalité de vie.
Je souhaite que tous nos enfants reçoivent à l’école l’enseignement d’une morale laïque. Je note à cet égard, qu’après avoir, pour les raisons que l’on sait, abandonné l’enseignement public de la morale religieuse, on a abandonné également celui de la morale laïque. Mais je maintiens, parce que je le crois profondément, que nos enfants ont aussi le droit de rencontrer, à un moment de leur formation intellectuelle et humaine, des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de Dieu.
Dieu, c’est une idée suffisamment intéressante pour avoir inspirer la vie de millions d’hommes et marquer d’immenses civilisations. Quelle est l’origine de la vie, quel est le sens de l’existence, y a-t-il quelque chose après la mort, d’où vient le mal ? Ce sont des interrogations essentielles. Je ne connais pas un seul homme, pas une seule femme, croyant ou incroyant, qui ne se les pose pas. C’est pourquoi je pense que si nos jeunes peuvent à un moment de leur vie être initiés à ces questions, c’est mieux que s’ils ne le peuvent pas. Ils en feront ce qu’ils en voudront, mais nul n’est en droit de le présumer à leur place.
Personne ne veut remettre en cause la laïcité. Personne ne veut abîmer ce trésor trop précieux qu’est la neutralité de l’Etat, le respect de toutes les croyances, comme celui de la non-croyance, la liberté de pratiquer comme celle d’être athée. Personne ne veut abandonner le mérite, le talent, l’amour de la patrie, comme les seules vertus que la République reconnaît et récompense. Et moi, puisque c’est moi qui suis en cause, moins encore qu’un autre.
Est-ce que cela doit nous interdire pour autant de parler de la religion ? Est-ce que cela doit nous aveugler au point d’ignorer qu’il existe à l’évidence, après la fin des idéologies totalitaires et les désillusions de la société de consommation, une immense demande de spiritualité ? Est-ce que cela doit nous empêcher de regarder lucidement la situation de l’islam de France ? Ne voit-on pas qu’en refusant d’examiner les conséquences pratiques de la présence musulmane en France, on a laissé se développer les attitudes les plus contraires à la laïcité, comme les pratiques vestimentaires ostentatoires et les revendications identitaires ?
Le principe de laïcité doit-il nous détourner du rôle que nous pouvons jouer, par exemple à Ryad, en faveur du dialogue entre les civilisations, alors que ce dialogue est un enjeu majeur du XXIème siècle ? Doit-il me priver du droit de rencontrer des prêtres, des pasteurs, des rabbins, des religieux, pour leur dire que ce qu’ils font au bénéfice des plus pauvres, pour le réconfort des malades, pour l’éducation des jeunes, pour la réinsertion des prisonniers, est tout simplement utile et bien ? Sont-ils des citoyens de seconde zone ? Le principe de laïcité oblige-t’il le Président de la République à ne parler que de la sécurité routière, des déficits publics, de la politique spatiale, sans jamais parler des choses essentielles, comme la vie, la civilisation, l’amour, l’espérance ?
50 ans après que l’on a fait dire à Malraux que le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas, 15 ans après que l’on a entendu François Mitterrand confesser croire aux forces de l’esprit, mesure-t-on la chape de plomb intellectuelle qui s’est abattue sur notre pays pour s’offusquer qu’un Président en exercice puisse dire tout simplement que l’espérance religieuse reste une question importante pour l’humanité, et que croire dans quelque chose vaut parfois mieux que croire que tout se vaut ? Voilà, mes chers amis, ce que j’ai dit à Rome et à Ryad. Rien de plus. Et rien de moins, non plus.
Monsieur le Président, vous avez eu la gentillesse de rappeler que je m’étais défini comme un ami d’Israël à une époque où il valait mieux éviter ce genre de déclarations. Voyez-vous, à cette époque déjà, j’exprimais mes convictions avec la même sincérité que celle que je mets aujourd’hui pour parler de la laïcité. Oui, c’est vrai, je suis un ami d’Israël et j’attache une grande importance au resserrement des liens politiques, d’amitié et de coopération entre nos deux pays.
L’année 2007 aura été une année dense et fructueuse pour la relation entre la France et Israël. J’ai souhaité que la relation politique soit renforcée et que se développe un dialogue stratégique bilatéral fort, particulièrement nécessaire dans un monde plus fragile que jamais.
L’année 2008 quant à elle est celle du 60ème anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. C’est un évènement d’une grande importance. Les circonstances de la création de l’Etat d’Israël et la spécificité historique, géographique et politique de ce pays ne doivent jamais être oubliées. J’aurai la joie et l’honneur d’accueillir en visite d’Etat, du 10 au 14 mars prochains, le Président de l’Etat d’Israël, M. Shimon Pérès. Cette visite illustrera la force et l’ancienneté de l’amitié qui lie nos deux peuples. Elle s’insérera comme l’un des moments historiques de la relation bilatérale. Je me rendrai ensuite en Israël au printemps prochain et je prononcerai un grand discours à l'invitation de la Knesset.
Israël sera l’invité d’honneur du prochain salon du livre à Paris, qui constitue toujours un événement culturel majeur dans notre pays. La France souhaite l’entrée d’Israël dans les organisations de la francophonie. De même, Israël pourra compter sur mon soutien pour impulser, dans le cadre de la prochaine Présidence française de l’Union européenne, une nouvelle dynamique à sa relation avec l’Union.
Naturellement, le sujet qui préoccupe le plus les Israéliens et les amis d’Israël réunis ce soir, c’est l’issue du conflit israélo-palestinien. Je connais l'état d'esprit qui règne en Israël aujourd'hui. Le peuple israélien, dans sa grande majorité, estime que ce conflit n'a que trop duré. Il est temps pour les deux parties de tourner la page. Dans l’intérêt même d’Israël, pour sa sécurité et sa pérennité, je partage la conviction de Shimon Pérès et d’Ehud Olmert qu’un accord de paix doit permettre la création, avant la fin 2008, d'un Etat palestinien viable et moderne, aux côtés d'Israël, dans le cadre de frontières sûres et reconnues.
Après des années de défiance, Annapolis en novembre dernier a relancé l’espoir. Le dialogue a repris entre les deux parties, un horizon politique est tracé. Ce tournant historique, nous le devons d’abord au courage de deux hommes, le Premier Ministre Ehud Olmert et le Président Mahmoud Abbas. Nous le devons également au Président Bush, qui a choisi de réengager résolument les Etats-Unis dans le processus de paix. La Conférence de Paris de décembre dernier a relayé cette espérance. L’aide sans précédent mobilisée par cette conférence est le signe concret de la confiance de la communauté internationale dans la solution de deux Etats.
Il est primordial aujourd’hui de traduire cet espoir dans les faits et de créer un choc de confiance qui suscitera une adhésion populaire au processus en cours. Pour ce faire, des avancées concrètes sont attendues sur le terrain. La sécurité est bien évidemment l’une des clés du processus de paix. Le récent attentat de Dimona est hélas venu rappeler la menace terroriste permanente qui pèse sur le peuple israélien. Les tirs de roquettes, que rien ne saurait justifier, doivent également cesser. Le soldat franco-israélien Gilad Shalit doit être libéré. L’Autorité palestinienne doit poursuivre sa réforme des services de sécurité et sa lutte contre le terrorisme.
Mais les dirigeants israéliens doivent aussi accepter de mettre en œuvre sur le terrain les mesures de confiance susceptibles de renforcer Mahmoud Abbas et d’encourager la population palestinienne à soutenir le processus : levée de barrages, réouverture de points de passage à Gaza pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, libération en plus grand nombre de prisonniers, réouverture des institutions palestiniennes à Jérusalem-Est. Les Palestiniens doivent pouvoir disposer de leur territoire et le mettre en valeur. La poursuite de la colonisation, qui met en cause la viabilité du futur Etat palestinien et renforce le sentiment d’injustice, est un obstacle à la paix. Son gel complet est nécessaire.
Un accord d’ici la fin de l’année est possible. Pour cela, les leaders israéliens et palestiniens doivent poursuivre le chemin tracé à Annapolis et refuser les pièges tendus par les radicaux des deux camps. La France, sans vouloir interférer dans les négociations en cours, est prête à apporter tout l’appui nécessaire afin d’encourager l’ensemble des parties à avancer car il s’agit d’une occasion exceptionnelle.
Je veux le redire ici avec force : Israël a droit à l’existence et à la sécurité. Face au discours du Hamas et aux propos hostiles et répétés du président iranien, les préoccupations d’Israël sont légitimes. La France a fermement condamné ces propos.
Concernant l’Iran, ma politique est simple et compréhensible par tous :
La prolifération est une menace grave pour la sécurité internationale ; nous ne pouvons pas tolérer sans réagir que l’Iran développe de telles technologies en violation du droit international
Il appartient à l’Iran de démontrer ses objectifs pacifiques et de respecter les résolutions des Nations-Unies. A quoi sert l’enrichissement de l’uranium en Iran, un pays qui n’en a aucun usage civil ?
Nous proposons à l’Iran un chemin, par le dialogue et la coopération ; c’est l’intérêt de ce pays, qui aurait ainsi un vrai accès au nucléaire civil et contribuerait à construire un avenir de paix pour la région ;
Tant que l’Iran choisit le fait accompli, nous n’avons pas d’autre choix que de renforcer son isolement : cela passe par de nouvelles sanctions du Conseil de sécurité et de l’Union européenne, et par la nécessaire retenue des entreprises vis-à-vis de relations économiques et financières avec ce pays
Mais les pays qui respectent les normes internationales de non-prolifération et de sûreté doivent avoir accès au nucléaire civil, à commencer par les pays musulmans. Je veux le redire ici car c’est ma conviction profonde. Le nucléaire civil est la principale énergie du futur. Il ne peut être réservé aux seuls pays occidentaux. La France veillera naturellement à ce que toutes les garanties de sécurité soient prises.
Vous avez rappelé, Monsieur le Président, le traumatisme de la conférence de Durban de 2001, et les débordements intolérables qui ont fait de cette conférence une tribune contre ’Etat d’Israël. Une conférence de suivi est prévue pour 2009. Je n’accepterai pas que les dérives et les outrances de 2001 se répètent. La France présidera l’Union européenne dans les derniers mois précédents la conférence. Elle saura se désengager du processus si nos exigences ne sont pas prises en compte.
Je vous remercie, Monsieur le Président, d’avoir fait mention, dans votre beau discours, de ce projet que je forme d’une Union pour la Méditerranée. Je voudrais vous dire, avec la simplicité qui caractérise les propos que peuvent s’échanger des amis, que je crois et que j’espère dans ce projet aussi fortement que Jean Monnet et Robert Schuman croyaient dans leur projet d’une Europe du charbon et de l’acier préfigurant une union politique des pays européens.
Pour la France et pour l’Europe, le cercle formé par les pays riverains de la Méditerranée est le lieu de toutes les richesses et de tous les risques. Richesses naturelles, économiques, culturelles… Risques environnementaux, risques de la pression migratoire, des écarts de niveaux de vie, de la guerre des civilisations sur fond de différences religieuses. La Méditerranée peut devenir un fossé qui se creuse inexorablement et relègue définitivement l’Afrique aux frontières du développement et de la démocratie. Mais elle peut aussi devenir un trait d’union de paix et de prospérité entre les peuples de ses deux rives. Ma conviction est que nous avons le pouvoir de choisir et que la politique n’a aucun sens, aucune raison d’être, si elle n’est pas capable d’oser faire le choix du rêve méditerranéen.
C’est pourquoi, le 20 décembre dernier, à Rome, avec le premier ministre espagnol et le premier ministre italien, j’ai lancé un appel pour la création d’une Union pour la Méditerranée. Rassemblant sur un pied d’égalité tous les pays riverains de la Méditerranée, cette Union aura pour objet de créer des solidarités de fait entre ses membres par la mise en œuvre de projets concrets. Israël a naturellement vocation à faire partie de cette Union.
Depuis 2002, nous avons beaucoup travaillé pour combattre et enrayer l’accroissement des actes antisémites commis sur notre territoire. Tout au long de ces années, j’ai entendu dans cette salle bien des commentaires et bien des discours sur la réduction progressive du nombre des infractions, l’identification et la condamnation plus systématique des auteurs, le renforcement de la législation. Que l’on me pardonne cette confession tardive : j’ai eu souvent le sentiment d’y avoir pris une certaine part…
Nous avons travaillé main dans la main avec le CRIF, la police, la justice, l’Education nationale. Nous avons développé les instruments d’une lutte plus efficace contre les actes racistes et antisémites. Nous avons débloqué plusieurs millions d’euros pour sécuriser, avec le fonds social juif unifié, un certain nombre de lieux particulièrement exposés, en particulier les écoles et les synagogues. Voilà d’ailleurs une action pour laquelle il a fallu vaincre bien des rigidités, qui n’étaient pas toutes étrangères à une conception étroite de la laïcité.
Nous avons obtenu des résultats. Les faits d’antisémitisme sont en baisse dans notre pays. Notre image internationale s’est significativement redressée. Ma plus grande tristesse demeure, naturellement, de ne pas avoir pu empêcher le meurtre barbare d’Ilan Halimi. Il faut poursuivre sans relâche la prévention de l’antisémitisme et la répression des infractions. A cette fin, la mémoire de la Shoah joue un rôle capital. Je sais que vous y êtes attentifs. L’Etat participera au financement du budget de fonctionnement du mémorial du Camp des Milles. Monsieur le Président, je vous l’ai promis. De même, la France soutient le projet de création d’un musée d’histoire des juifs de Pologne en face du monument commémoratif de l’insurrection du ghetto de Varsovie, et lui apportera son concours.
Mais c’est d’abord à la mémoire et à la transmission de la Shoah vers les jeunes générations que la France doit consacrer toute son attention et toute son énergie. Nous le devons aux victimes. C’est surtout notre meilleure arme contre le racisme et l’antisémitisme, et notre seule protection contre le réveil de la bête immonde et la réitération des faits, aussi bien ceux qui furent infligés par la barbarie nazie que ceux qui furent commis par les autorités françaises.
La France ne doit rien abandonner de l’enseignement de la Shoah dans les établissements scolaires. Elle ne doit céder à aucune facilité, à aucun amalgame. Enseigner la Shoah et sa spécificité, c’est combattre tous les racismes, c’est ouvrir chacun à sa condition de victime potentielle et de citoyen responsable, c’est créer une mémoire commune sans laquelle il ne peut y avoir de volonté de construire un avenir commun.
Mais cette éducation doit être suffisamment précoce pour toucher aussi les cœurs. C’est dans les premières années de l’éveil de sa conscience qu’un enfant doit être élevé dans le rejet absolu du racisme. C’est pourquoi j’ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l’éducation nationale Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah.
Les enfants de cet âge sont souvent plus graves que leurs aînés. Ils sont attentifs aux êtres, à l’intimité des noms et des prénoms, à l’importance de leur environnement le plus quotidien. Comment seraient-ils alors insensibles à l’histoire de ces enfants, qui avaient les mêmes jeux, les mêmes joies, et les mêmes peines qu’eux, et qui, progressivement, ont été exclus de leur école, séparés de leur famille, chargés dans des trains pour un voyage sans retour ? Le succès mondial du Journal d’Anne-Frank montre la puissance d’évocation et d’illustration que comporte pour un enfant le récit d’une histoire qui aurait pu être la sienne.
Les enfants ont payé le plus lourd des tributs à la Shoah. Vous en savez quelque chose, Monsieur le Président, puisque vous êtes né à Gdansk le 7 juillet 1945. Dans cette Pologne où les historiens considèrent que moins d’1% des enfants juifs ont survécu, votre naissance est tout simplement un miracle. Peut-on trouver plus noble dessein que de permettre à ces enfants martyrs d’être les pédagogues éclairés de nos propres enfants ?
Je vous remercie.
Discours M. Douste-Blazy- AJC mai 2005
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
Je remercie l’American Jewish Committee et tout particulièrement sa représentante à Paris, Mme Valérie Hoffenberg, d’avoir pris l’initiative de l’organisation du dîner qui nous réunit ce soir. C’est un grand plaisir pour moi de vous rencontrer et, pour certains d’entre vous, de vous retrouver.
Je suis désireux de nouer avec les organisations de la communauté juive américaine les relations les plus étroites. Je serai, dans cet esprit, heureux de recevoir au Quai d’Orsay vos délégations pour poursuivre le dialogue riche et fructueux qui est le nôtre depuis plusieurs années.
Les contacts que notre ambassade à Washington et nos dix consulats généraux aux Etats-Unis entretiennent, dans leurs circonscriptions respectives, avec vos associations, vos organes de presse, vos centres culturels et vos synagogues s’inscrivent également dans cette volonté d’un dialogue sincère, constructif et régulier avec la communauté juive américaine. Merci de tout ce que vous apportez à ce dialogue.
* * *
Je voudrais ce soir d’abord vous rappeler le dispositif mis en place par le gouvernement français pour combattre en France le racisme et l’antisémitisme.
L’antisémitisme est en totale contradiction avec les valeurs de la France et avec les valeurs de la République.
Comme l’a exprimé avec force le pPrésident Chirac, "s’en prendre à un juif, c’est s’en prendre à la France tout entière".
Face à ce fléau, la détermination du gouvernement français est totale.
La création en 2003 du Comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, instance de coordination présidé par le Premier ministre, témoigne de l’engagement dans ce combat de l’ensemble du gouvernement.
L’action volontariste du gouvernement français depuis 2002 s’est traduite par un très grand nombre de mesures prises, en concertation étroite avec la communauté juive, dans plusieurs domaines prioritaires : la protection, la répression, l’éducation, les moyens de communication et, enfin, la coopération internationale.
La protection, puisque, dès l’été 2002, nous avons renforcé la sécurisation des établissements de la communauté juive. L’Etat veille également, en liaison avec les communes, à la protection des cimetières.
La répression, dans la mesure où nous avons renforcé notre dispositif législatif en prévoyant que le motif raciste ou antisémite d’une infraction constitue une circonstance aggravante permettant le prononcé d’une sanction plus lourde. Nous avons donné des instructions de grande fermeté aux parquets qui sont invités, le cas échéant, à faire appel de condamnations jugées trop clémentes. Je voudrais rappeler, à titre d’exemple, que l’auteur des graffitis nazis du mémorial de Douaumont a été condamné à deux ans de prison dont un ferme.
L’éducation, parce que nous pensons que l’école est le lieu privilégié de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Un "livret républicain", inspiré par un idéal de tolérance et de respect mutuel, a fait l’objet d’une large diffusion dans les établissements scolaires. Un dispositif de repérage et de traitement des actes racistes et antisémites en milieu scolaire a été mis en place dans les académies.
Notre approche pédagogique consiste aussi à développer à l’école l’enseignement du fait religieux. Sans renier notre attachement à la laïcité, nous voulons combattre l’inculture religieuse parce que nous entendons développer chez nos enfants un véritable esprit de tolérance fondé sur la connaissance des valeurs et des croyances de l’autre.
L’action du gouvernement concerne également les moyens de communication. Grâce à l’adaptation de notre législation, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a pu, comme vous le savez, interdire, en décembre 2004, la diffusion sur le territoire français de la chaîne Al-Manar en raison de ses programmes à contenu antisémite. Nous avons, de même, interrompu le signal d’Al-Manar vers l’Asie et l’Amérique du Sud qui était relayé par la société Globecast, filiale de France Télécom.
Enfin, le gouvernement poursuit à l’extérieur l’action entreprise en France contre le racisme et l’antisémitisme par la coopération internationale que ce soit avec l’Union européenne, les Nations unies ou l’OSCE. Nous sommes en particulier très attachés à la définition d’un code éthique pour contrecarrer l’utilisation dévoyée d’Internet.
Notre lutte contre l’antisémitisme est donc multiforme. Elle est de tous les instants.
Nous constatons aujourd’hui que notre politique porte ses fruits puisque, comme nous l’avons appris récemment, le nombre d’actes antisémites constatés au cours du premier trimestre 2005 a diminué de près de 50 % par rapport à la même période en 2004. Ce sont les actions violentes qui ont le plus baissé avec trois fois moins de faits constatés en 2005 par rapport à 2004.
Nous devons toutefois rester vigilants et poursuivre nos efforts.
Comme l’ont souligné avec force les autorités françaises lors de la commémoration de la libération des camps et de la fin de la Seconde guerre mondiale, il n’y a pas de place en France pour l’antisémitisme et il n’y a qu’une seule stratégie face au racisme : la tolérance zéro.
Je voudrais conclure sur ce point en rappelant que le gouvernement a installé, en juin dernier, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Certes, les victimes de discrimination ou les associations pouvaient déjà saisir directement la justice, mais les pouvoirs publics ont voulu aller au devant des victimes en créant une institution qui puisse être saisie par le public ou se saisir elle-même de tous les cas de discrimination. Toutes les discriminations, qu’elles proviennent du racisme, de l’intolérance religieuse, du sexisme, de l’homophobie ou du rejet des handicaps, qu’elles soient constatées lors de la recherche d’un emploi, la demande d’un logement ou dans toute autre circonstance, entrent dans le champ de compétence de la Haute autorité. La HALDE a pour mission d’accompagner une victime d’une discrimination afin de lui permettre d’obtenir réparation. Si son action de médiation échoue, elle a le pouvoir de saisir la justice. Le gouvernement vient ainsi de se doter d’un nouvel instrument pour renforcer l’égalité des chances et, par là-même, favoriser l’intégration de tous à la société française.
* * *
Je voudrais maintenant évoquer brièvement la politique française au Proche-Orient.
Nous avons eu le plaisir de recevoir à Paris, en juillet dernier, le Premier ministre d’Israël, M. Ariel Sharon. Comme tous les observateurs l’ont noté, cette visite a été un très grand succès et s’est déroulée dans une atmosphère particulièrement chaleureuse. M. Sharon a rendu un hommage appuyé à l’action du président de la République. Nous y avons, bien sûr, été très sensibles. Le président Chirac a loué le courage exceptionnel du Premier ministre Sharon engagé dans le processus de retrait de Gaza.
Je me suis moi-même rendu en Israël et dans les Territoires palestiniens la semaine dernière pour examiner les moyens que la France pouvait engager afin de contribuer au développement de Gaza au lendemain du retrait israélien.
S’agissant du Liban, je participerai demain avec Condoleezza Rice à une réunion ministérielle destinée à contribuer à la reconstruction du pays après dans le cadre de la page nouvelle qu’il est en train de tourner.
Sur d’autres dossiers régionaux, vous savez que mon pays est un acteur engagé. Je pense naturellement à l’Iran où nous menons avec nos amis Britanniques et Allemands une négociation difficile sur le dossier nucléaire.
Je suis prêt à répondre à toutes vos interrogations sur ces différents dossiers.
* * *
La lutte résolue contre le racisme et l’antisémitisme, le combat contre les discriminations et pour l’intégration, la promotion d’une éducation de la tolérance et une action internationale au service de la paix, ce sont là des orientations fondamentales de la politique française. Je vous remercie de l’occasion que vous m’avez donnée de vous les présenter ce soir.
La France est certes un vieux pays mais c’est un pays qui agit et qui se modernise, un pays qui s’adapte et qui fait face aux difficultés, pour être sans cesse toujours plus digne d’avoir pour devise : la liberté, l’égalité et la fraternité. Car, comme les idéaux de la Révolution américaine, les idéaux de la Révolution française n’appartiennent pas au passé. Ils nous inspirent aujourd’hui et éclairent notre route.
Je compte sur vous pour faire connaître aux membres de vos organisations respectives l’action de la France sur les sujets que nous venons d’évoquer.
Je vous remercie./.
David Harris à la Commission pour les Affaires Etrangères du Sénat US, octobre 2003
David A. Harris
Directeur exécutif
Comité Juif Américain
Présenté devant la Sous-commission pour les Affaires Européennes
de la Commission du Sénat américain pour les Affaires Etrangères
Washington, D.C.
22 octobre 2003
- Je suis un partisan résolu des relations transatlantiques. J'ai vécu, étudié et travaillé une bonne partie de ma vie en Europe, y compris lors d'une année sabbatique en Suisse en 2000-2001. Je suis parfaitement conscient des questions qui séparent quelques gouvernements européens et quelques groupes importants dans l'opinion publique européenne des points de vue prédominants parmi les Américains. Mais en même temps, je crois que ce qui nous unit est bien plus important que ce qui nous divise. Les seuls qui bénéficient de nos divisions actuelles sont nos adversaires communs.
Bien que je ne minimise pas ces différences de politiques, je rechercherai toujours les moyens de maintenir des liens forts et solides de part et d'autre de l'océan. C'est dans cet esprit que j'ai le plaisir d'annoncer que le Comité juif américain, qui a déjà des bureaux à Berlin, Genève et Varsovie, va ouvrir à l'automne un Institut transatlantique à Bruxelles.
- L'Islam radical est notre adversaire commun principal. Permettez-moi de souligner que je ne parle pas d'une religion toute entière, mais de ceux qui détourneraient une religion au service de leurs objectifs personnels.
Ne nous y trompons pas. Pour les islamistes, comme ils s'appellent, l'ennemi est le soi-disant infidèle, c'est-à-dire tous les non musulmans. Ils ne cachent pas leurs opinions. Au contraire, ils les expriment de manière très explicite.
Il suffit de lire les livres de classe utilisés dans les écoles saoudiennes, ainsi que nous l'avons fait, pour comprendre qu'on enseigne aux enfants dès leur plus jeune âge à haïr l'occident, à mépriser le christianisme et le judaïsme, et à se méfier de tous les non musulmans.
Il suffit de lire ce qui est enseigné dans les madrasas, les écoles religieuses, au Pakistan, où près d'un million d'enfants apprennent ces mêmes principes, avec en plus, les splendeurs du djihad et des martyres.
Il suffit d'étudier une société <<>> des islamistes, l'Afghanistan gouverné par le Taliban, et de se rappeler que les hindous furent contraints à porter un insigne jaune, que des temples bouddhistes inestimables y furent détruits et que les femmes se virent refuser toute éducation fondamentale et tous soins de santé.
Il suffit de voir autour de nous les cibles choisies par les chefs de file terroristes de l'islam radical pour comprendre que nous sommes tous dans la même situation, les pays musulmans modérés comme le Maroc, la Tunisie ou l'Indonésie, l'Europe, les États-Unis, Israël, et la liste se poursuit.
Face à une telle menace, il ne sert à rien de se voiler la face ni de mener une politique d'apaisement.
Il y a ceux qui suggèrent que, si seulement Israël pouvait résoudre miraculeusement le conflit avec les Palestiniens, comme si Israël toute seule pouvait le faire, alors le problème islamiste disparaîtrait. Cette pensée est non seulement fausse, mais elle est dangereuse.
D'autres suggèrent que, si seulement les États-Unis quittaient l'Arabie Saoudite ou retiraient leurs troupes d'Irak, alors le problème islamiste disparaîtrait. Cette pensée, elle aussi est non seulement fausse, mais aussi dangereuse.
Comme nous le savons trop bien, il existe dans l'histoire suffisamment d'exemples de conséquences fatales des politiques d'apaisement ou de refus de la réalité. Nous ne devons pas répéter les erreurs de l'histoire.
Il faut affronter l'islam radical. Il faut le mettre en échec. La bataille ne sera pas courte, elle ne sera pas simple ni même unidimensionnelle. Oui, cette bataille comporte un aspect militaire, mais il existe aussi un aspect non militaire. Les forces de l'islam modéré doivent être renforcées par une stratégie politique, économique, culturelle et sociale soutenue et sophistiquée.
Aucun pays n'est capable d'accomplir cela tout seul. Aucune région n'est capable d'accomplir cela toute seule. De nouveau, je reviens à mon premier thème. Nous avons besoin les uns des autres. Les efforts des uns complètent ceux des autres. Nous nous renforçons les uns les autres.
- Alors même que j'insiste sur ce qui devrait nécessairement nous unir, je suis profondément préoccupé par les perceptions divergentes qui prédominent aux États-Unis et en Europe à propos d'Israël.
Nous savons bien qu'il est risqué de généraliser, mais je crains que la situation précaire d'Israël ne soit pas suffisamment comprise partout en Europe.
Je ne suis pas certain de savoir si ce sont les gouvernements qui créent le climat médiatique ou si ce sont les médias qui créent le climat gouvernemental, mais le fait est qu'il existe un profond écart de perceptions, si je peux me permettre, entre l'attitude américaine dominante et l'attitude européenne dominante.
La plupart des américains, comme l'indiquent les sondages de façon répétée, comprennent qu'Israël est confronté à une situation de vie et de mort, qu'il a essayé de marquer un jalon historique en signant un accord de paix sous le Premier ministre Barak, mais a trouvé dans le Président Arafat un partenaire réticent et indigne de confiance, et que la vague de terreur à laquelle Israël est confronté n'est pas différente de la terreur infligée aux États-unis le 11 septembre et qui a frappé d'autres pays depuis.
De plus, la majorité des américains attachent de l'importance au fait qu'Israël est l'unique démocratie dans le Moyen-Orient, et qu'il s'agit d'une bataille asymétrique avec des forces non démocratiques qui, dans certains cas, continuent à mettre en doute l'existence même d'Israël, et que l'Amérique et Israël partagent certaines valeurs et perspectives essentielles. En outre, leur pays étant plutôt religieux, de nombreux américains voient Israël à travers le prisme de leur foi et de leur identité avec Israël, la Terre Sainte et le lieu de naissance non seulement du judaïsme mais aussi de la chrétienté.
Dans de grandes parties de l'Europe, comme vous le savez, l'opinion est assez différente. Israël est représenté comme la puissance la plus forte, la puissance d'occupation, la puissance <<>>. Le bénéfice du doute ne profite jamais à Ariel Sharon. Dans cette optique, c'est à Israël qu'incombe le rôle de partenaire qui doit tendre la main dans tout processus de paix et qui, s'il ne le fait pas, est décrit comme faisant de l'obstruction.
Et même lors des expressions de sympathie envers les victimes israéliennes du terrorisme, on insinue en Europe de manière subtile, ou en fait pas si subtile, que l'état d'Israël lui-même a provoqué ce désastre par le manque de vision de sa politique.
De manière étonnante, lors de très nombreuses conversations en Europe, que ce soit avec des politiciens, des diplomates ou des journalistes, j'ai été frappé par l'immense abîme qui sépare ces perceptions. J'ai aussi été frappé par la certitude de nombreux de mes interlocuteurs, qui empêche toute conversation ouverte et constructive. En effet, j'ai perçu l'attitude suivante : <<>>
Mais nous n'avons pas d'autre choix, n'est-ce pas, que de persister parce que le futur d'Israël est dans la balance et aussi parce que l'Europe est bien trop importante pour l'ignorer ou simplement faire une croix dessus.
C'est pourquoi nous devons aider les autres à comprendre qu'il n'existe aucune formule simple ou nette pour résoudre le conflit, et qu'aucune école de pensée n'a toutes les réponses. Israël fait face à des dangers, de quelque côté que l'état se tourne, et on ne doit pas s'attendre à ce qu'il mette en péril sa propre existence parce que certains en Europe ou ailleurs s'impatientent au sujet de ce conflit ou bien estiment qu'il les distrait d'autres intérêts géopolitiques ou économiques plus importants.
- Et pour terminer, lorsque j'observe les relations transatlantiques, je suis préoccupé par une autre question qui semble diviser plus qu'unifier.
Il n'y a pas de doute dans mon esprit que l'antisémitisme est une question plus importante en Europe aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a quelques années. Pas partout, bien sûr, mais dans suffisamment d'endroits pour la rendre perceptible. Un tabou a été soulevé. On entend plus fréquemment des expressions d'antisémitisme, parfois d'un caractère antisémite à peine voilé, même en bonne société.
Il y a un peu de tout dans ce nouveau mélange : anti-américanisme, antisémitisme, anti Israël et même anti-globalisation. Dans certains cas, on trouve seulement un ou deux de ces ingrédients ; dans d'autres, il y a tous les ingrédients. Ce phénomène vaut la peine d'être observé, et pourtant certains voudraient dénier ou minimiser son existence.
Traditionnellement, nous nous soucions de l'antisémitisme venant de l'extrême droite et de l'extrême gauche. Il existe suffisamment d'exemples des deux dans l'Europe d'aujourd'hui pour attirer notre attention.
L'élément le plus récent, cependant, est devenu le plus inquiétant. Il s'agit de l'antisémitisme musulman émanant du sein même des communautés musulmanes grandissantes à travers l'Europe. À nouveau, je ne veux pas faire de généralisations radicales, mais, d'un autre côté, je ne peux pas refuser non plus de voir le problème.
Des jeunes musulmans en Grande-Bretagne, cités par leur nom en première page du New York Times, appellent au meurtre des juifs, alors que nous connaissons des centaines d'incidents documentés contre des juifs en France. D'autres pays ne sont pas à l'abri non plus.
Dans une Europe qui a créé une zone de valeurs humaines remarquables, ce développement est profondément troublant. Et ceux qui déclarent avec insouciance que tout ira bien lorsque le conflit israélo-palestinien sera résolu n'aident vraiment pas dans la situation actuelle. On ne peut ni rationaliser ni justifier une telle violence, qu'elle soit physique ou verbale, contre des juifs, quels que soient les événements qui se déroulent au Moyen-Orient.
Jusqu'à présent, nous avons rencontré régulièrement un manque d'intérêt sur ce sujet lorsque nous l'avons soulevé lors de diverses réunions européennes. Ce qui pour nous juifs, en Europe, en Israël ou aux États-unis, est inquiétant, semble avoir peu d'intérêt pour beaucoup de gens ici en Europe, qui devraient être mieux avisés.
On a beaucoup spéculé sur les raisons à cela. Les sociétés européennes jouent-elles simplement d'un antisémitisme subliminal ? Difficile à croire. Les sociétés européennes sont-elles en train de sacrifier les juifs sur l'autel de l'opportunisme politique afin de chercher à gagner la faveur du monde musulman ? Les sociétés européennes ont-elles peur de provoquer des minorités musulmanes déjà agitées dans leurs pays ? Les sociétés européennes sont-elles en train de <<>> aux juifs le fait qu'ils brandissent un miroir devant l'Europe et lui rappelle ses crimes par perpétration et par omission durant la Shoah ? Les sociétés européennes sont-elles simplement fatiguées d'entendre la <<>> des juifs, qui invoquent <<>> l'antisémitisme <<>> ?
Quelles qu'en soient les raisons, je crois que le problème de l'antisémitisme, qu'il provienne de la communauté musulmane, de la droite, de la gauche ou de quelque combinaison, mérite qu'on y porte attention, et maintenant.
Je crois ceci parce que les juifs, en tant que citoyens de sociétés démocratiques, méritent pour le moins l'entière protection de l'état, tout comme chaque citoyen.
Je crois ceci aussi parce que, sans l'avoir sollicité, les juifs ont tenu deux rôles supplémentaires au cours de l'histoire.
Premièrement, nous sommes devenus le test décisif de l'engagement d'une société dans des droits entièrement égalitaires, non seulement dans la loi mais aussi dans la vie quotidienne.
Et deuxièmement, nous sommes devenus des <<>> proverbiaux. Nous avons développé un sixième sens qui nous alerte en cas de danger. Et le danger peut commencer avec les juifs, mais l'histoire a amplement démontré qu'il ne se termine jamais avec les juifs. L'antisémitisme est un cancer qui, s'il n'est pas traité, métastase et finalement attaque tout le corps.
- En résumé, je contemple les principaux défis auxquels nous faisons face - la bataille contre l'Islam radical, le combat pour la paix et la sécurité d'Israël dans un Moyen-Orient harmonieux et le besoin de combattre un antisémitisme émergeant - tous liés les uns aux autres. Tous ces défis menacent les juifs ; ils menacent tous les valeurs démocratiques et les sociétés démocratiques. Il ne s'agit pas d'une guerre privée des juifs ou d'Israël, bien que certains la considèrent ainsi. Il s'agit d'un combat plus vaste pour le genre de monde dans lequel nous tous choisissons de vivre.
Pour ceux d'entre nous qui choisissent de vivre dans un monde gouverné par les valeurs démocratiques, la primauté du droit, la compréhension mutuelle entre différents groupes de croyances et une résolution pacifique des conflits, nous devons rester solidaires - au sein des communautés, au sein des pays, au sein des continents et par delà les océans.

